Comment les introverti·es se font entendre au travail ?

Chaque mercredi, Rina se réunit avec son équipe et sa responsable pour une réunion. Il n’y a pas d’ordre du jour fixe : celui ou celle qui souhaite s’exprimer prend la parole. Un jour, Mélanie, une collègue de Rina, remarque que celle-ci n’a jamais l’occasion de s’exprimer lors des séances. Elle en parle avec elle.

Rina explique : « J’aimerais bien intervenir, mais le temps que je trouve les mots justes, la discussion a déjà avancé. » Elle admet que c’est frustrant. Elle n’en a toutefois pas encore parlé à la responsable d’équipe ; elle préfère rester en retrait.

Peut-être connaissez-vous ce genre de situations : vous avez quelque chose à apporter, mais la conversation va plus vite que vos pensées.

Rina se considère comme une personne introvertie : elle préfère réfléchir avant de parler et puise son énergie davantage dans le calme que dans le groupe. Lors de réunions animées, cela constitue un inconvénient, même si ses interventions sont souvent pertinentes et bien pensées.

Dans le monde du travail actuel, les enjeux communicationnels sont au centre et les introverti·es n’ont pas la vie facile. Parler fort est perçu comme une compétence et les collègues suivent souvent la voix la plus dominante plutôt que la meilleure idée. Les discussions informelles à la machine à café ou lors d’un apéritif peuvent devenir un véritable calvaire et les personnes timides risquent de passer à côté de quelque chose d’important, car elles évitent ces instants de réseautage.

Se préparer aux conversations informelles

Alina Ferraro, psychologue du travail, apporte un éclairage sur ce sujet : « C’est une idée reçue de penser que les conversations informelles doivent toujours naître de manière spontanée. En tant que personne introvertie, on a tout à fait le droit de se préparer à ce genre de situations. Il existe même des cours sur le sujet auxquels on peut s’inscrire et qui permettent de réduire davantage les incertitudes. »

Le mieux est de s’entraîner au préalable dans un environnement familier, en testant différents sujets et situations. « Au bureau ou lors d’apéritifs de réseautage, il est utile de choisir délibérément des personnes et d’aller à leur rencontre. Lorsque l’on connaît vaguement quelqu’un, il est plus facile d’aller vers cette personne de manière naturelle et d’aborder directement un sujet. Parfois, cela permet de s’intégrer automatiquement au groupe. »

Une fois les premiers sujets abordés et si d’autres personnes se joignent à la conversation, il est plus facile pour la personne introvertie de rester au sein du groupe, car elle a déjà trouvé sa personne de référence.

« C’est une idée reçue de penser que les conversations informelles doivent toujours naître de manière spontanée. En tant que personne introvertie, on a tout à fait le droit de se préparer à ce genre de situations. Il existe même des cours sur le sujet auxquels on peut s’inscrire et qui permettent de réduire davantage les incertitudes. »

Alina Ferraro, psychologue du travail chez Angestellte Suisse

Alina Ferraro souligne que la communication est toujours réciproque : on dispose d’une influence limitée sur celle-ci ; la responsabilité de la réussite d’une discussion n’incombe jamais à une seule personne. Ni la personne introvertie, ni le groupe qui souhaite l’intégrer ne peuvent y parvenir sans la contribution de l’autre partie. Le savoir peut alléger la pression et détendre considérablement la situation.

Elle attire également l’attention sur le langage corporel. « Outre le contenu des propos, les codes non verbaux revêtent bien sûr une grande importance. Il faut être conscient que l’on ne communique pas uniquement avec des mots. Le non verbal et le paraverbal représente plus de 80 % de la communication. Il peut donc être utile de se perfectionner de manière ciblée dans ce domaine avec des formations spécifiques ».

Réunion : mettre à profit ses points forts

Les séances en plénière constituent un sujet difficile pour les employé·es introverti·es dans leur quotidien professionnel. Les autrices Susan Cain («Still», 2013) et Silvia Löhken («Les personnes discrètes – un impact fort», 2012) se penchent de manière approfondie sur ce sujet.

Susan Cain déplore que les personnes extraverties bénéficient souvent d’une plus grande visibilité au bureau : « Celui ou celle qui parle beaucoup est perçu·e comme plus compétent·e, bien que le temps de parole et la qualité des informations ne soient pas liée. » Les contributions mûrement réfléchies des personnes introverties passent inaperçues si les réunions ne sont pas organisées de manière à laisser la parole aux voix discrètes.

Silvia Löhken met l’accent sur l’individu : les introverti·es n’ont pas besoin de parler plus fort en séance pour se faire entendre. Ils doivent plutôt mettre en avant leurs atouts de manière ciblée : une préparation minutieuse, un contenu pertinent, une écoute attentive et une réflexion analytique.

Celles et ceux qui se préparent, interviennent de manière réfléchie et, si nécessaire, transmettent leurs réflexions ensuite par écrit se font entendre sans devoir trahir leur personnalité. Parallèlement, ils/elles doivent ménager leur énergie, car les réunions intenses leur demandent plus d’efforts qu’aux extraverti·es.

Une bonne préparation représente donc, selon elle, la moitié du chemin à parcourir pour se faire entendre en groupe.

Conseils et astuces pour une réunion réussie

Si vous souhaitez vous améliorer, tenez compte des points suivants pour la préparation et le déroulement de la réunion.

Avant la réunion

  • Réfléchissez à l’avance à ce que vous souhaitez dire et synthétisez vos idées. Les introverti·es peuvent avoir tendance à donner des explications trop détaillées ; veillez donc à formuler vos propos de manière concise.
  • Veillez à apporter votre contribution à chaque réunion. Vous avez réfléchi au sujet au préalable et le groupe bénéficie de vos connaissances et de la substance de vos interventions. Lisez l’ordre du jour à l’avance, notez les arguments clés ou les questions.
  • Les décisions importantes sont souvent prises avant la réunion officielle : cherchez à entrer en contact avec les décideurs – par e-mail, lors d’un entretien en tête-à-tête ou en petits comités –, ce qui vous permettra de forger des alliances.

Pendant la réunion

  • Saisissez le moment opportun pour présenter vos messages clés de manière claire et structurée ; n’attendez pas que vos connaissances se révèlent d’elles-mêmes. Votre intervention n’est couronnée de succès que si les autres vous écoutent. Ne vous perdez pas dans les détails, mais allez droit au but. Veillez à votre posture.
  • Connaissez les rituels de la séance pour plus d’assurance. Le temps de parole dépend du statut : un statut plus élevé permet de parler plus longtemps et de s’écarter du sujet. Si vous préférez parler moins, essayez de vous exprimer plus souvent.
  • En cas d’interruption par des collègues de même niveau hiérarchique, restez ferme : un « Un instant… » amical suffit à marquer une pause, puis reprenez la parole.
  • Le volume de la voix n’est pas synonyme de pouvoir : une insistance polie et de la persévérance ont plus d’impact que d’élever la voix.
  • En cas d’attaques, ramenez objectivement la discussion aux faits, par exemple : « À quels chiffres faites-vous référence ? »

Rina a suivi ces conseils pour des séances réussies : elle a noté à l’avance ce qu’elle souhaitait apporter et prend la parole dès le début. Ses collègues l’écoutent attentivement, et elle se rend compte à quel point cela fait du bien d’être enfin entendue.

Introversion et extraversion

Carl Gustav Jung a été l’un des premiers à définir psychologiquement les notions d’« introversion » et d’« extraversion » en 1921, les considérant comme deux types d’attitude fondamentales : elles décrivent vers quoi s’oriente l’énergie psychique d’une personne.

Ainsi, chez les introverti·es, l’énergie est dirigée vers l’intérieur, vers le sujet. Ce n’est pas l’objet lui-même qui est déterminant, mais notre réaction intérieure à celui-ci, c’est-à-dire nos impressions, pensées et évaluations. Jung appelle cela le « facteur subjectif ». Les extraverti·es s’orientent vers ce qui vient de l’extérieur. Leur pensée, leurs sentiments et leurs actions s’adaptent aux circonstances et aux attentes extérieures.

Selon Jung, chaque individu possède un peu de ces deux attitudes. L’une prédomine au niveau conscient, tandis que l’autre agit dans l’inconscient et peut s’exprimer de manière compensatoire. Elles constituent des modes équivalents d’adaptation au monde.

Qu'est-ce que la communication verbale, non verbale et paraverbale ?

  • Communication verbale : elle englobe les mots et les phrases que nous prononçons ou écrivons. Elle comprend le contenu et la signification de notre message.
  • Communication non verbale : elle englobe ce que nous communiquons aux autres en-dehors du langage, c’est-à-dire les expressions faciales, la gestuelle, la posture, le contact visuel et la distance par rapport aux autres personnes.
  • Communication paraverbale : il s’agit de notre manière de parler : le ton, le volume, le débit, l’accentuation, les pauses et la voix.

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