Puis-je envoyer des emojis à mes supérieur·es ?
Rina explique : « J’aimerais bien intervenir, mais le temps que je trouve les mots justes, la discussion a déjà avancé. » Elle admet que c’est frustrant. Elle n’en a toutefois pas encore parlé à la responsable d’équipe ; elle préfère rester en retrait.
Peut-être connaissez-vous ce genre de situations : vous avez quelque chose à apporter, mais la conversation va plus vite que vos pensées.
Rina se considère comme une personne introvertie : elle préfère réfléchir avant de parler et puise son énergie davantage dans le calme que dans le groupe. Lors de réunions animées, cela constitue un inconvénient, même si ses interventions sont souvent pertinentes et bien pensées.
Dans le monde du travail actuel, les enjeux communicationnels sont au centre et les introverti·es n’ont pas la vie facile. Parler fort est perçu comme une compétence et les collègues suivent souvent la voix la plus dominante plutôt que la meilleure idée. Les discussions informelles à la machine à café ou lors d’un apéritif peuvent devenir un véritable calvaire et les personnes timides risquent de passer à côté de quelque chose d’important, car elles évitent ces instants de réseautage.
Alina Ferraro, psychologue du travail, apporte un éclairage sur ce sujet : « C’est une idée reçue de penser que les conversations informelles doivent toujours naître de manière spontanée. En tant que personne introvertie, on a tout à fait le droit de se préparer à ce genre de situations. Il existe même des cours sur le sujet auxquels on peut s’inscrire et qui permettent de réduire davantage les incertitudes. »
Le mieux est de s’entraîner au préalable dans un environnement familier, en testant différents sujets et situations. « Au bureau ou lors d’apéritifs de réseautage, il est utile de choisir délibérément des personnes et d’aller à leur rencontre. Lorsque l’on connaît vaguement quelqu’un, il est plus facile d’aller vers cette personne de manière naturelle et d’aborder directement un sujet. Parfois, cela permet de s’intégrer automatiquement au groupe. »
Une fois les premiers sujets abordés et si d’autres personnes se joignent à la conversation, il est plus facile pour la personne introvertie de rester au sein du groupe, car elle a déjà trouvé sa personne de référence.
« C’est une idée reçue de penser que les conversations informelles doivent toujours naître de manière spontanée. En tant que personne introvertie, on a tout à fait le droit de se préparer à ce genre de situations. Il existe même des cours sur le sujet auxquels on peut s’inscrire et qui permettent de réduire davantage les incertitudes. »
Alina Ferraro souligne que la communication est toujours réciproque : on dispose d’une influence limitée sur celle-ci ; la responsabilité de la réussite d’une discussion n’incombe jamais à une seule personne. Ni la personne introvertie, ni le groupe qui souhaite l’intégrer ne peuvent y parvenir sans la contribution de l’autre partie. Le savoir peut alléger la pression et détendre considérablement la situation.
Elle attire également l’attention sur le langage corporel. « Outre le contenu des propos, les codes non verbaux revêtent bien sûr une grande importance. Il faut être conscient que l’on ne communique pas uniquement avec des mots. Le non verbal et le paraverbal représente plus de 80 % de la communication. Il peut donc être utile de se perfectionner de manière ciblée dans ce domaine avec des formations spécifiques ».
Les séances en plénière constituent un sujet difficile pour les employé·es introverti·es dans leur quotidien professionnel. Les autrices Susan Cain («Still», 2013) et Silvia Löhken («Les personnes discrètes – un impact fort», 2012) se penchent de manière approfondie sur ce sujet.
Susan Cain déplore que les personnes extraverties bénéficient souvent d’une plus grande visibilité au bureau : « Celui ou celle qui parle beaucoup est perçu·e comme plus compétent·e, bien que le temps de parole et la qualité des informations ne soient pas liée. » Les contributions mûrement réfléchies des personnes introverties passent inaperçues si les réunions ne sont pas organisées de manière à laisser la parole aux voix discrètes.
Silvia Löhken met l’accent sur l’individu : les introverti·es n’ont pas besoin de parler plus fort en séance pour se faire entendre. Ils doivent plutôt mettre en avant leurs atouts de manière ciblée : une préparation minutieuse, un contenu pertinent, une écoute attentive et une réflexion analytique.
Celles et ceux qui se préparent, interviennent de manière réfléchie et, si nécessaire, transmettent leurs réflexions ensuite par écrit se font entendre sans devoir trahir leur personnalité. Parallèlement, ils/elles doivent ménager leur énergie, car les réunions intenses leur demandent plus d’efforts qu’aux extraverti·es.
Une bonne préparation représente donc, selon elle, la moitié du chemin à parcourir pour se faire entendre en groupe.
Si vous souhaitez vous améliorer, tenez compte des points suivants pour la préparation et le déroulement de la réunion.
Rina a suivi ces conseils pour des séances réussies : elle a noté à l’avance ce qu’elle souhaitait apporter et prend la parole dès le début. Ses collègues l’écoutent attentivement, et elle se rend compte à quel point cela fait du bien d’être enfin entendue.
Carl Gustav Jung a été l’un des premiers à définir psychologiquement les notions d’« introversion » et d’« extraversion » en 1921, les considérant comme deux types d’attitude fondamentales : elles décrivent vers quoi s’oriente l’énergie psychique d’une personne.
Ainsi, chez les introverti·es, l’énergie est dirigée vers l’intérieur, vers le sujet. Ce n’est pas l’objet lui-même qui est déterminant, mais notre réaction intérieure à celui-ci, c’est-à-dire nos impressions, pensées et évaluations. Jung appelle cela le « facteur subjectif ». Les extraverti·es s’orientent vers ce qui vient de l’extérieur. Leur pensée, leurs sentiments et leurs actions s’adaptent aux circonstances et aux attentes extérieures.
Selon Jung, chaque individu possède un peu de ces deux attitudes. L’une prédomine au niveau conscient, tandis que l’autre agit dans l’inconscient et peut s’exprimer de manière compensatoire. Elles constituent des modes équivalents d’adaptation au monde.