Protection juridique & conseils juridiques
Il est un peu plus de sept heures quand Sandra ouvre la porte de son bureau. Elle a été absente pendant quatre semaines. Diagnostic : burn-out, accompagné d’une phase dépressive. Son médecin voulait la mettre en arrêt maladie plus longtemps. Mais la peur de perdre son emploi a pris le dessus.
Sandra travaille depuis quinze ans dans le domaine du contrôle qualité. Ses collègues la décrivent comme précise, fiable et loyale. Les problèmes commencent il y a un an, quand une nouvelle cheffe d’équipe prend ses fonctions. Elle vérifie chaque entrée dans les protocoles de contrôle, exige des rapports quotidiens, veut être mise en copie (CC) dans chaque e-mail. Ce qui peut sembler anodin laisse des traces : irritabilité, tensions au sein de l’équipe. Après des mois de stress permanent, c’est la rupture. Le médecin généraliste met Sandra en arrêt maladie.
De retour au travail, il se passe ce que les spécialistes observent souvent dans ce genre de situation : quand on revient au bureau épuisé·e, des erreurs se produisent. Pour Sandra, il s’agit de contrôles qualité qu’elle n’a pas consignés dans un procès-verbal. Un oubli vite rectifié, qui ne cause pas de dommages à long terme. Mais la réaction de ses supérieur·es est surprenante : un avertissement écrit. Pour Sandra, c’est la goutte d’eau qui fait déborder un vase déjà bien plein. Elle est coincée, à bout de forces sur le plan psychique et a l’impression de se trouver dans une impasse professionnelle.
Les employeurs sont légalement tenus de protéger la santé de leurs employé·es (devoir de protection, art. 328 CO). Une microgestion permanente, un contrôle excessif et un manque de confiance peuvent constituer une violation de ce devoir, avec des conséquences sanitaires conséquentes.
Les mesures précises dépendent de chaque cas particulier. Mais la loi exige de l’employeur qu’il prenne toutes les mesures raisonnables pour préserver le bien-être physique et mentale de son personnel. Si l’employeur apprend qu’un salarié·e se trouve dans une situation difficile, voire est victime de harcèlement moral, il doit mettre en place des mesures adaptées.
Sandra envisage de démissionner tout de suite et de quitter l’entreprise. Même si cette envie est tout à fait compréhensible, cette décision mérite d’être mûrement réfléchie.
En effet, la règle est la suivante : pour éviter toute perte de droits à l’allocation chômage, il vaut mieux ne démissionner que lorsque vous avez déjà un nouvel emploi. Ou alors, il faut présenter à la caisse d’allocations chômage un certificat médical attestant que le poste a des conséquences dommageables pour la santé. Sinon, des jours de pénalité s’imposent avant de toucher les indemnités - Sandra risque ainsi (au maximum) trois mois sans salaire.
La situation de Sandra est difficile, ça ne fait aucun doute. Mais elle peut prendre différentes mesures, sans pour autant démissionner de suite :
MAIS : chaque situation est unique, avec ses propres spécificités : le supérieur hiérarchique, l’équipe, votre rôle, votre situation privée, votre marge de manœuvre financière, la situation dans votre secteur d’activité. Ce qui soulage une personne peut aggraver le conflit chez une autre. Il faut toujours vérifier si chaque conseil vous convient personnellement. Et si, malgré tout, rien ne bouge, changer de poste peut être la meilleure solution, plutôt que de continuer à endurer la situation.