Mon salaire est-il garanti quand je suis malade ?
Entre 2010 et 2024, les jours d’absences pour cause de maladie en Suisse sont passées de 6,3 à 8,5 jours par an et par postes à plein temps. Un chiffre qui reste rassurant comparé aux pays voisins (l’Allemagne annonce 14,8 jours en 2024), à cela près que le nombre de cas de maladie psychique augmente.
Selon une étude de Swica de 2022, les arrêts pour raisons psychiques sont des arrêts complets dans 95% des cas, et durent en moyenne 218 jours - soit deux plus long que pour les maladies physiques. Les jeunes sont particuliers concernés : l’assurance invalidité a parlé fin 2025 de mesures visant à limiter l’accès aux rentes pour raisons psychiques aux moins de trente ans, car le nombre de demande est en augmentation.
Il est toutefois important de savoir que les employé·es ne sont pas tenu·es d’annoncer à leur employeur pourquoi ils sont malades. Si l’arrêt de travail est délivré par un psychiatre, la cause demeure évidente, mais les médecins généralistes peuvent aussi délivrer ces certificats. Dans les faits, il est donc difficile de distinguer les arrêts pour causes somatiques ou psychiques, celles-ci pouvant se cumuler.
Dans tous les cas, les coûts de l’absentéisme se chiffrent en dizaine de milliards et les assurances pertes de gain sont les premières concernées pour y répondre. Ceci explique qu’en cas d’arrêt, elles font régulièrement appel à des médecins-experts. L'expert reçoit le patient et évalue à son tour l’incapacité de travail, afin de la confirmer, la nuancer ou la réfuter, ainsi que de réfléchir à des solutions pour un retour à l’emploi. Cela peut passer par une reprise progressive ou des case-managers. En santé mentale, ceci est plus délicat, car les maladies ne peuvent se vérifier avec des tests sanguins ou des rapports d’IRM.
Selon les services sociaux, certaines personnes peuvent se trouver très stressées par les expertises. Elles craignent qu’on les prive de leurs indemnités alors qu’elles sont encore trop fragiles pour retourner au travail, dans une optique unique de limiter les coûts. Voir un médecin-expert implique aussi de détailler à nouveau leur condition, ce qui peut s'avérer intrusif quand il faut raconter ses problèmes de santé mentale.
Les assurances pertes de gain ne sont pas obligatoires et découlent du droit privé. Elles disposent donc du droit de résilier un contrat pour une entreprise qui leur coûte cher. Certains cas ont fait la une des journaux : des compagnies ont rompu des contrats et refusé de proposer de nouvelles offres. Des conséquences dommageables pour la sécurité psychologique des employé·es concerné·es.
De plus, les entreprises signalant beaucoup de cas de maladie prolongée peuvent subir de nettes hausses de primes. Et un employeur qui souscrit une assurance PGM peut difficilement changer de prestataire. Lors d’un appel d’offres, la prime de l’assureur concurrent est presque systématiquement supérieure à la prime actuelle.
La question des sinistres déjà en cours en cas de changement d’assurance pose aussi problème. Lorsqu’un nouvel assureur reprend un contrat à l’un de ses concurrents, il doit assumer le versement des indemnités journalières pour les cas déjà ouverts, en lieu et place de l’ancien assureur. Cela génère automatiquement des pertes d’entrée de jeu, tandis que l’ancien assureur s’en tire avec un gain de sortie.
Ces questions préoccupent la branche. Selon la NZZ, la question de la responsabilité des sinistres en cours devrait être révisé en 2027. L’Association suisse des assurances (ASA) l’a en effet annoncé dans une conférence de presse début 2026. En outre, l’ASA réfléchit une solution de secours pour les entreprises qui, sans que cela soit de leur faute, ne trouvent plus d’assurance indemnités journalières.
Ces derniers faits démontrent que dans tous les cas, il est aussi dans l’intérêt des employeurs d’offrir un environnement de travail qui ne soit pas délétère pour la santé mentale. Dans le domaine des accidents, une prévention active a largement porté ses fruits. Il serait idéal s’il pouvait en être de même pour la lutte contre les maladies psychiques, bien que l’aspect multifactoriel des maladies complique la donne. Le burnout n’est en effet pas considéré comme une maladie professionnelle, car les événements de la vie privée jouent aussi un rôle en cas d’épuisement, d’anxiété ou de dépression.
Nous encourageons les entreprises à investir dans la prévention. Au risque de délivrer un point de vue pessimiste, les bouleversements actuels du monde du travail avec l’IA et la conjoncture économique incertaine sont aussi des facteurs de risque en matière d’absentéisme pour raisons psychiques.
Sources:
Nouvelle étude révèle les raisons des arrêts de travail pour raisons psychiques – SWICA
Psychische Erkrankungen: Krankheitsausfälle belasten Unternehmen und Versicherer