Nouvelle campagne de recrutement lancée avec succès
À l’école secondaire, Peter était un élève moyen. Peu soutenu par sa famille, il commence sans motivation un apprentissage de commerce. Il se fait renvoyer en deuxième année pour cause d’absences répétées. S’en suit une période d’errance, divers stages et finalement, des revenus irréguliers en tant qu’agent de sécurité. Une situation dans laquelle il s’accommode - il gagne plus d’argent qu’en tant qu’apprenti. Mais ce job sur appel ne lui garantit aucune sécurité. A vingt-quatre ans, sa santé se dégrade. Il s’inscrit alors à l’aide sociale.
Une situation fictive, mais d’après nos échanges avec les services sociaux, représentative des NEET d’aujourd’hui. Sur un marché du travail concurrencé par l’IA, ces jeunes sans emploi représentent une perte de talents potentiels et des coûts sociétaux : diminution des recettes fiscales, augmentation des dépenses publiques pour des programmes de soutien ou charge pour les familles qui les entretiennent.
Combien, en Suisse, se trouvent dans cette situation ? Difficile à dire. Le taux d’aide sociale chez les jeunes diffère selon les cantons. À Zürich, en 2025, il se situe à 2,9% -contre 2,6% chez les adultes. À Genève, par contre, environ 8% des 18-25 ans sont à l’assistance, un chiffre très élevé comparé à la moyenne nationale.
Les NEET, pourtant, ne forment pas une catégorie homogène –et ne sont pas forcément à l’aide sociale. Certain·es vivent du soutien familial, du chômage ou naviguent entre emplois temporaires et périodes d’inactivité. L’instabilité des parcours augmente les difficultés à les référencer, même en ce qui concerne le lieu de vie. Ils/elles errent entre le domicile parental, des hébergements provisoires chez des connaissances, voire la rue. Il n’est donc pas rare que lorsqu’ils entrent dans des programmes de soutien, les assistant·es sociaux·ales commencent par les aider à définir une adresse fixe –une condition pour toucher les aides.
Au niveau de la volonté d’insertion, les situations varient aussi : certain·es recherchent activement une formation ou un emploi ; d’autres se complaisent dans l’inactivité, ont une santé mentale fragile ou des conduites addictives. On connait la difficulté, même pour les universitaires, de trouver un premier job. Et avec l’IA, les places de stage pour jeunes diplômé·es sont en diminution.
Combien d’articles de presse relatent les différences entre les attentes des boomers et celles de la génération Z au travail ? On dit des jeunes qu’ils refusent le plein emploi, veulent du télétravail ou des horaires flexibles. À nouveau, la réalité est plus complexe. S’il est certain qu’en général, les 15-30 ans accordent plus d’importance à la conciliation travail-vie privée que leurs aîné·es, la clientèle des services d’aide à l’intégration des jeunes n’est ni spécialement fainéante, ni trop exigeante. Plutôt concernée par l’une ou l’autre de ces problématiques –souvent concomitantes :
Concernant ce dernier point, l’AI a clairement énoncé son intention de diminuer les rentes pour les jeunes de moins de 30 ans. Une mesure qui viserait à favoriser leur insertion, mais qui a été très critiquée dans les médias. Car dans les services sociaux, un profil est courant : des adultes dont l’état de santé, mauvais sans être catastrophique, se situe à la limite de l’invalidité. En résumé, des gens qui pourraient travailler, mais dans un cadre adapté, avec un employeur compréhensif. Ce qui ne se trouve pas en un claquement de doigts.
Les jeunes fragiles psychiquement sont très concernés : une addiction mal soignée ou une dépression donnent rarement accès à une rente. Ces troubles maintiennent pourtant à l’écart du travail. Pour le « Point Jeune », un service genevois d’aide à l’intégration, un levier d’action important est de faciliter l’accès aux psychothérapies. Pas seulement en matière de thérapeutes disponibles, mais aussi en aidant le jeune à accepter un tel suivi. Car préjugés et résistances sont encore nombreux dans ce domaine.
Des initiatives comme à Genève, il en existe des centaines à travers la Suisse. Même à l’aide sociale, les jeunes adultes sont souvent suivi·es dans une structure à part, avec des programmes d’insertion renforcées et des forfaits plus faibles, afin de désinciter à s’y installer durablement. Nul doute, donc, que la Suisse investit pour intégrer les jeunes.
Selon David, enseignant dans le canton de Vaud, une prise en charge précoce est indispensable. Avec les élèves en difficulté, il commence les recherches d’un projet professionnel deux ans avant la fin de la scolarité. Lorsque des problèmes cognitifs ou familiaux laissent présager de grosses difficultés à trouver un apprentissage, il doit annoncer les situations à des case-managers. Il existe alors des programmes d’aide rapprochée, en collaboration avec des psychologues, des éducateur·rices et l’assurance invalidité.
Si les jeunes se présentent à l’aide sociale plus tard, l’interdisciplinarité est aussi valorisée : il faut que les spécialistes échangent, se coordonnent, et cela en considérant la réalité du marché du travail. Impliquer les employeurs potentiels dans le dialogue est fondamental.
En 2025, 48% des bénéficiaires de l’aide sociale n’ont pas de diplôme professionnel. Et les enfants des familles aux revenus modestes ont malheureusement plus de chance de se retrouver sans diplôme : un cercle vicieux démontré dans les chiffres, même dans un pays où des bourses aident à financer les études. L’OFS a analysé les parcours de 82'000 jeunes sorti·es de l’école entre 2011 et 2013 ; 10 ans plus tard, 8,2% n’avait pas de certification du secondaire II, mais ce chiffre s’élevait à 13% chez les enfants des ménages à revenus modestes, et même à 24% chez ceux dont les parents sont à l’aide sociale.
Pour cette raison également, Angestellte Schweiz défend des conditions de travail équitables et des salaires justes. Les initiatives personnelles sont importantes pour s’insérer sur le marché du travail, mais les ressources en cas de problème diffèrent selon les personnes. Un environnement sécuritaire et stable est nécessaire pour bien démarrer dans la vie – poursuivons notre engagement pour une société solidaire.