Situation du personnel qualifié en Suisse
Un emploi n'est épanouissant que si l'équilibre entre vie professionnelle et vie privée est bon. Avoir suffisamment de temps pour sa famille, ses loisirs et son foyer améliore la qualité de vie. Selon l'Office fédéral de la statistique, le nombre de personnes travaillant à temps partiel ne cesse d'augmenter. Pourtant, le système de prévoyance suisse reste axé sur les employés à temps plein. Quel est l'impact du travail à temps partiel sur le revenu à la retraite ?
La rente mensuelle complète de l'AVS s'élève à 2 520 francs au maximum. Pour en bénéficier, il faut avoir cotisé sans interruption pendant toute sa vie active, soit 44 ans. Parallèlement, il faut avoir perçu un revenu moyen suffisamment élevé. Celui-ci s'élève actuellement à environ 90 720 francs par an. De nombreuses personnes travaillant à temps partiel n'atteignent pas ce niveau de revenu. Le montant de leur future rente AVS sera donc moins élevé. Les personnes travaillant à temps partiel qui élèvent des enfants ou s'occupent de proches peuvent bénéficier de bonifications pour tâches éducatives et d'assistance, qui augmenteront le montant de leur future rente
À partir de 25 ans, les salariés cotisent à la caisse de pension. Pour être automatiquement assuré auprès de la caisse de pension, il faut gagner au moins 22 680 francs par an. Si le revenu est inférieur à ce montant, il n'y a pas d'assurance obligatoire dans le 2e pilier. Ceux qui atteignent ce seuil grâce à plusieurs employeurs peuvent s'assurer volontairement . L'employeur est légalement tenu de prendre en charge au moins 50 % des cotisations à la caisse de pension.
Les faibles revenus ont un impact particulièrement important sur la caisse de pension. Tout d'abord, un montant fixe de 26 460 francs (état en 2026) est déduit du revenu avant que les cotisations ne soient calculées. Pour les employés à temps partiel, cela signifie que seule une petite partie du salaire est assurée. La protection en cas d'incapacité de gain ou de décès est également moindre.
Le 3e pilier offre la possibilité de compléter la prévoyance vieillesse, dans la mesure où les moyens financiers le permettent. Il est donc recommandé de cotiser au 3e pilier, même en cas de travail à temps partiel.
Diplômée en politiques sociales et précédemment conseillère auprès de personnes retraitées.
Quels sont les facteurs à prendre en compte pour que le travail à temps partiel n'ait pas d'impact négatif sur la prévoyance vieillesse ?
Les contributions au deuxième pilier dépendent des revenus cotisés, il est donc inévitable que la personne qui a travaillé à temps partiel obtienne une rente moins élevée qu’avec un emploi au même salaire à plein temps. Il y a tout de même des possibilités de « limiter la casse », par exemple en effectuant des rachats LPP si l’on augmente son pourcentage par la suite, ou créer un troisième pilier à côté. Il est même très conseillé de le faire pour varier le placement de l’argent de la prévoyance. De plus, la participation de l’employeur à la prévoyance varie beaucoup d’une entreprise à l’autre. En cas de changement d’emploi, il est recommandé de bien se renseigner. Si l’employeur accorde une part sur-obligatoire (plus élevé que le 50% minimum obligatoire) cela peut clairement augmenter l’avoir de vieillesse. À noter qu’en cas de divorce, les années de cotisation durant le mariage seront obligatoirement partagées entre les époux. Cela permet de ne pas défavoriser le conjoint qui aurait travaillé à temps partiel pour élever les enfants.
Recommandez-vous le travail à temps partiel à partir d'un salaire minimum concret ?
Nous sommes tenus de cotiser automatiquement à la LPP qu’à partir d’un salaire à 26'460 francs par an. Pour les emplois à temps très partiel ou dont les salaires de base sont bas, il est important de calculer que l’on arrive au minimum à ce montant par année, sinon on ne cotise pas du tout, ni l’employeur. À noter que pour les personnes qui cumulent deux emplois, ce montant n’est pas le salaire total, mais le salaire par employeur. Il est donc préférable d’avoir un emploi à 50% plutôt que deux emplois à 25% : imaginons qu’une personne gagne 20'000 francs pour le premier emploi à 25% et 18'000 francs pour le second, elle dispose de 38'000 francs de revenus annuels, ce qui est en théorie suffisant pour cotiser… Mais elle ne cotisera pas, puisqu’aucun de deux revenus n’atteint le minimum légal.
Y a-t-il un âge idéal pour réduire son temps de travail ?
Cela dépend de la situation de chacun. L’idéal est de trouver l’équilibre entre assurer sa situation financière (présente et future) et garder une bonne qualité de vie avec du temps pour autre chose que le travail. Les personnes qui ont commencé à travailler tôt et ont déjà un avoir qu’ils jugent suffisant lorsqu’elles atteignent la cinquantaine disposent d’une situation idéale, car elles pourraient moins travailler en fin de carrière, lorsque la santé devient plus fragile. Mais ces situations seront sûrement plus rares à l’avenir : on étudie globalement plus longtemps qu’avant, les pauses professionnelles sont devenues plus fréquentes (et conduisent à des lacunes de cotisations) et les jeunes sont moins enclins à travailler à 100%. Par ailleurs, les personnes réduisent souvent leur pourcentage lorsqu’elles ont des petits enfants à charge et cela est normal au vu des besoins éducatifs.
Dans quels cas déconseillerais-tu systématiquement une réduction du taux d'occupation ?
A nouveau, il s’agit de choix personnels, mais un avoir de prévoyance prévisiblement bas concernent souvent les situations suivantes : les personnes qui ont arrêté de travailler ou effectué un emploi indépendant/exempt de cotisation durant longtemps ; les personnes qui ont commencé leur vie professionnelle en Suisse tardivement ; les personnes qui ont sorti leur LPP pour un achat immobilier. Un partage des avoirs après un divorce peut aussi beaucoup réduire le capital cotisé. Dans ces situations, il est conseillé de bien déchiffrer son certificat de prévoyance et de faire des calculs précis avant de réduire son taux. La qualité de vie est aussi à prendre en compte. Certaines personnes préfèrent un train de vie plus modeste avec davantage de temps libre.
« Le principal est d’être bien informé, être conscient des conséquences de ses choix à long terme. Souvent, on a tendance à se soucier de sa prévoyance tardivement ou de ne pas connaître tous les enjeux du système. C’est dans ces cas-là que les mauvaises surprises arrivent, au moment de calculer son budget pour la retraite. »
Quelles sont les possibilités pour compenser d'éventuelles lacunes dans la prévoyance vieillesse ?
Avant la retraite, on peut effectuer des rachats pour combler des années de lacunes. Ce droit est avantageux car le montant racheté peut être déduit des impôts. Il est conseillé de contacter sa caisse de pension pour voir les conditions. Pour les personnes qui n’y parviennent pas et arrivent à la retraite avec un petit avoir, les prestations complémentaires en faveur des personnes retraités peuvent compléter les revenus si le total de l’AVS et de la LPP se trouve au-dessous du minimum vital. Le droit dépend de la situation financière individuelle de chacun (loyer, dépenses de santé, éventuel placement en EMS…). Si l’on est susceptible de demander ces prestations un jour, il est intéressant de calculer s’il vaut mieux prendre son avoir de vieillesse en capital (il sera alors compté comme fortune) ou en rente. Parfois, prendre le capital, à condition de bien savoir le gérer, est plus avantageux qu’une petite rente de 200 francs par mois qui bloquerait le droit aux prestations.